Créative et inclusive, Nancy, la ville de la vie en vert

Pierre Didierjean, directeur des Parcs et jardins de la ville de Nancy

La ville de Nancy, en Meurthe-et-Moselle, se distingue depuis longtemps par la qualité de ses jardins, son patrimoine botanique et arboré et ses actions en faveur de la biodiversité. Labélisée 4ème fleur depuis 1998 et fleur d’or en 2019 au concours des villes et villages fleuris, elle figure cette année à l’observatoire des villes vertes pour ses actions contre l’artificialisation des sols et en faveur de la ville inclusive. L’équipe de 125 jardiniers des Parcs et Jardins entretient et anime cette ville nature sous la houlette de Pierre Didierjean, son directeur. Il livre ici quelques-unes des recettes de cette « success story ».

Quelles sont les priorités de votre service ?

Fleurir, entretenir, protéger, promouvoir l’image de la ville et concevoir de nouveaux aménagements constituent notre quotidien. Nancy est riche du jardin botanique du Montet en périphérie mais surtout en son cœur, de dix parcs, 14 jardins et 31 squares dans seulement 242 hectares. Ici, la ville nature n’est pas un vain mot ! D’ailleurs, afin de renaturer les espaces démunis, tous les projets de constructions comprennent une partie réservée au végétal. Garder notre 4ème fleur est essentiel, c’est un outil exceptionnel de management et une fierté pour les équipes. En effet, il faut oser s’aventurer derrière un mur pour découvrir les trésors du végétal en ville, souvent reliés au patrimoine historique et à son prestigieux passé botanique.

A l’origine, il y a le roi Stanislas au XVIIIe siècle et la pépinière royale ?

Oui, aujourd’hui sous le nom de parc de la Pépinière, elle a fourni les platanes, toujours existants, du jardin du palais du gouvernement mais aussi du jardin Dominique-Alexandre Godron, classé remarquable. Créé en 1773 puis redessiné en 1858, ses trois kilomètres de haies de buis ont été décimées par la pyrale. Il renaît depuis 2020, transformé en « jardin de demain ». Ce projet présentera au public des jardins d’essais pour faire face au changement climatique. Préserver les différentes ambiances des jardins de la ville, en zéro phyto depuis 2005, c’est aussi montrer le savoir-faire des jardiniers avec, par exemple, la mosaïculture, réalisée grâce aux plants produits dans les serres municipales en lutte biologique intégrée depuis 20 ans !

Nancy est célèbre aussi pour son patrimoine arboré…

La ville compte 35 000 arbres à ce jour dont 4 547 plantés entre 2014 et 2020. L’arbre est au cœur des engagements de la municipalité depuis longtemps, notre charte date de 1996. Réactualisée en 2013, elle réaffirme sa place en ville et accorde une importance primordiale à la diversité des essences, nous avons 420 variétés différentes. C’est un héritage historique, Charles X avait créé ici l’école de la foresterie. Les habitants sont très attachés à ce patrimoine et nous sommes en dialogue permanent afin de le préserver, les beaux arbres ont leur bulletin de santé personnalisé avec des experts et tous sont gérés durablement. Créateurs d’ambiance et climatiseurs vivants, les arbres préparent l’avenir.

En parlant d’avenir, les cours d’école font l’objet d’ambitieux projets. Expliquez-nous aussi le jardin mange-bitume.

Il s’agit en effet de désimperméabiliser les sols des 43 cours d’écoles en apportant de la biodiversité et en repensant les évacuations d’eau de pluie. En concertation avec les enseignants et les parents d’élèves, nous plantons des vivaces, végétalisons les toitures et les murs des façades afin de créer des îlots ouverts dans les quartiers. L’idée est en cohérence avec les initiatives déjà prises par la ville, expérimentées depuis cinq ans, tels que le jardin mange-bitume, le jardin passe-muraille, le jardin bouche-fissure… qui consiste à financer une partie des dépenses engagées par les habitants pour réaliser, avec les jardiniers de la ville, des projets d’habillage des murs visibles de l’espace public.

Les animations citoyennes sont légion à Nancy ; est-ce une tradition ?

L’année est jalonnée d’événements très populaires : « nature en fête », « Pépinières en vert » ou encore le jardin éphémère depuis 2003. Fréquenté par 700 000 visiteurs, c’est une vitrine de choix pour les serres municipales. Du semis à la mise en godet, 375 000 plantes horticoles y sont produites par an et les « Mardis aux serres » apprennent aux citoyens à bouturer ou rempoter… L’engouement est tel que le principe est repris pour les « Mercredis de la Pep’ » au parc de la Pépinière avec la construction de nichoirs à insectes et l’aventure continue avec les « Jeudis de Godron » pour un projet de maraîchage bio. C’est très gratifiant pour les équipes et nous avons plein d’idées en réserve !

 

Propos recueillis par Isabelle Cordier

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