Lingot du Nord : des semences de qualité pour sauvegarder un savoir-faire local

Catherine Asseman - gérante - Société Asseman Deprez

Comment est née l'idée de faire renaître la production de Lingot du Nord ?

Catherine Asseman - gérante - Société Asseman Deprez
Au départ, l'initiative est venue de M. Asseman, mon père, et de quelques autres. Mon père avait créé en 1986 son entreprise de conditionnement de légumes secs. Il avait remarqué, tout comme les producteurs de la région, que le lingot local, cultivé dans la région depuis les années 1800, était fortement concurrencé par le lingot d'importation. Ensemble, ils ont pensé que la production de la région, de meilleure qualité, devait être différenciée. Le consommateur devait pouvoir reconnaître le Lingot du Nord de celui venu d'Argentine ou de Chine. C'est comme ça que l'idée a germé de créer un label qualité. En 1996, une grande réunion a été organisée, pour rencontrer les producteurs intéressés. A la suite de quoi une association a été créée, en juillet 1996, avec une petite vingtaine d'agriculteurs prêts à tenter l'aventure. Ils se sont liés par contrat à l'entreprise de conditionnement Asseman Deprez. En 1998, le Lingot du Nord a obtenu un Label rouge et en 2007, une Indication Géographique Protégée (IGP). Cette IGP reconnaît l'origine et l'histoire du Lingot de Nord, définit une zone géographique où il peut être cultivé et surtout, elle protège son nom.

Le cahier des charges précise que c'est la variété « lingot » qui doit être utilisée pour produire du Lingot du Nord. Comment la filière semence s'est-elle mise en place ?

Au tout début, un premier dossier label rouge a été préparé : celui-ci a vite été bloqué parce que nous utilisions des semences produites à la ferme, avec des variétés non inscrites au catalogue officiel. Un gros travail a alors été réalisé au niveau de la semence. Des échantillons recueillis dans les fermes ont été confiés au Geves*. Cette étape a pris du temps : je me souviens que la première année, les échantillons recueillis n'ont pas germé ! Finalement, les semences fermières ont été comparées avec la variété « lingot », déjà inscrite au catalogue. Nous ne l'avons pas inscrite nous-mêmes, mais par contre, nous devions prouver que nos semences correspondaient bien à cette variété. Des contrôles variétaux très stricts ont permis de démontrer qu'elles lui étaient identiques. Ensuite, pour l'obtention du Label rouge, il y a aussi eu des études comparées avec le lingot d'importation. Les résultats étaient nets : les qualités gustatives du Lingot du Nord étaient bien meilleures.

Aujourd'hui, qui produit la semence pour le Lingot du Nord et comment ?

L'entreprise Asseman Deprez est en charge de gérer la production de semences. Cette tâche est confiée tous les ans à une dizaine de producteurs, sur la trentaine qui cultivent le Lingot du Nord. Mais les parcelles qui servent à produire la semence ne sont pas définies à l'avance. Elles sont choisies pendant la mise en culture, en fonction de la qualité des plantes. Celles qui sont les plus belles, qui ont le moins de maladies sont préférées. Ensuite, les producteurs pratiquent ce que l'on appelle l'épuration au champ. De quoi s'agit-il ? Le lingot est un haricot droit et non pas courbé comme d'autres variétés. Si le producteur voit des grains courbés, pendant la récolte ou pendant le tri manuel, il les retire immédiatement. Le cahier des charges admet une tolérance de défauts pour la semence de 0,25%, contre 0,5% pour le haricot commercialisé. Toute la production de semences est rigoureusement contrôlée. L'entreprise Asseman Deprez déclare les parcelles où la semence est produite et réalise elle-même un auto contrôle. Puis il y a un contrôle de l'inspecteur du service technique de l'interprofession des semences et plants, qui vérifie la qualité phytosanitaire, l'origine de la semence, qui fait des prélèvements pour confirmer que la variété n'a pas perdu ses caractéristiques principales et que le taux de germination est bon.

Quelles sont vos perspectives au niveau de la semence ?

Depuis quelques années, nous avons beaucoup de problèmes de graisse : cette maladie du haricot est due à des bactéries, elle fait jaunir la plante. Comme elle est transmise par la semence, il faut être très attentif à la manière dont nous la produisons. Nous sommes un peu inquiets de ces problèmes phytosanitaires. Nous avons donc décidé de prendre les devants. Nous avons confié à la société Blondeau, installée dans le département du Nord, la mission de retravailler la semence. Cela permettra aussi d'éviter tout problème de dégénérescence. A partir de 2011, la semence ne sera plus produite dans les fermes mais uniquement par ce semencier. Il faudra changer le cahier des charges mais il n'y aucune raison que cela pose problème, puisque cela va dans le bon sens : celui d'un meilleur contrôle et d'une meilleure qualité de la semence.

* Geves : Groupement d'étude et de contrôle des variétés et des semences

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