Sucre et betterave française : un lien encore peu connu

Quelle perception les Français ont-ils du sucre ? Pour répondre à cette question, l’association Cultures Sucre (1) mène régulièrement des enquêtes d’opinion. La plus récente, réalisée fin 2024 auprès d’un peu plus de 1 200 personnes, confirme l’importance de ce produit dans les habitudes alimentaires, tout en constatant une connaissance encore limitée de la filière betteravière française.

Gros plan sur une betterave à sucre © Laurence Campariol

Le sucre conserve une place centrale dans le quotidien des consommateurs. Pour 90 % d’entre eux, il représente « une source de plaisir », mais aussi « d’énergie » (86 %), un produit « associé à l’enfance » (84 %) et même « bon pour le moral » dans 83 % des cas. Comme l’explique Philippe Reiser, directeur général de Cultures Sucre, « tous les deux-trois ans, nous réalisons une enquête d’opinion pour mesurer la place occupée par le sucre dans les habitudes alimentaires des Français ». Cette démarche permet aussi de « mieux comprendre les attentes sociétales » et d’observer leur évolution.
Les résultats confirment cet attachement : 44 % des Français consomment un produit sucré en fin de repas « à chaque fois ou presque » et 30 % « souvent ». Par ailleurs, 65 % considèrent le sucre comme « un produit de première nécessité » et le jugent « compatible avec une alimentation équilibrée ».

Une origine française mal identifiée

L’enquête révèle toutefois un décalage important entre perception et réalité concernant l’origine du sucre. « Plus surprenant dans cette enquête, la méconnaissance de l’origine du sucre », souligne Philippe Reiser. Si 66 % des répondants associent bien le sucre à la betterave, seuls 46 % savent qu’il est majoritairement produit en France. À l’inverse, 28 % pensent qu’il provient de l’étranger et 26 % ne connaissent pas son origine.
Ce manque de connaissance contraste avec l’importance accordée à ce critère lors de l’achat : l’origine arrive en troisième position, à égalité avec la marque, derrière le type de sucre (poudre, morceaux, blanc, roux…) et le prix. Ce paradoxe a guidé la campagne de communication lancée en janvier 2026, centrée sur le « Made in France » (voir encadré). Les consommateurs expriment en effet un attachement fort aux productions nationales, qu’ils associent au fait de « soutenir les agriculteurs » (63 %), de « maintenir l’emploi en France » (54 %) et de contribuer à « l’économie nationale » (51 %). D’ailleurs, 90 % des personnes interrogées jugent essentiel de préserver la filière sucrière française.

Des idées reçues encore tenaces

L’étude met également en évidence plusieurs idées reçues persistantes. Près de 80 % des Français pensent que la consommation de sucre continue d’augmenter, alors qu’elle est en réalité stable depuis une vingtaine d’années. Cette perception est encore plus marquée chez les parents de jeunes enfants, dont 90 % partagent cette opinion.

Autre confusion fréquente : la nature du sucre blanc issu de la betterave. 82 % des répondants estiment qu’il s’agit d’un produit raffiné. « Pourtant, ce sucre est bien d’origine naturelle », rappelle Philippe Reiser. « Son extraction repose uniquement sur des procédés physiques et mécaniques : lavage, râpage, diffusion dans l’eau chaude, filtration, évaporation, cristallisation, centrifugation et séchage. »

Enfin, le grand public connaît encore peu les efforts engagés par la filière en matière de transition écologique, notamment en termes de réduction de la consommation d’eau et d’énergie. « Nous devons continuer à communiquer et à faire preuve de pédagogie », conclut-il.

Anne Gilet

(1)Cultures Sucre est une association qui regroupe les planteurs de betteraves sucrières et les fabricants de sucre (Saint Louis Sucre, Tereos et Cristal Union). Son rôle : informer, faire la promotion et défendre l’image du sucre et de l’ensemble de la filière. Elle possède également des missions pédagogiques et scientifiques.

Suite à l’enquête menée fin 2024, Cultures Sucre a lancé, en janvier 2026, une campagne de communication - à la télévision, dans la presse quotidienne régionale et sur les réseaux sociaux - pour mettre en avant l’origine française du sucre de betterave. « L’idée était de montrer le lien entre la terre, les agriculteurs et la gourmandise, confie Philippe Reiser, directeur général de Cultures Sucre. Réalisées par l’agence Glory Paris, ces publicités mettent en avant la simplicité d’un produit d’origine naturelle, issu de nos terres, et la richesse culturelle et culinaire qu’il représente. Ces images, qui montrent le rêve d’une betterave se voyant transformée en pâtisseries, expriment la relation directe entre l’agriculture et la culture culinaire, entre matière première et création pâtissière. »

La filière sucrière française regroupe :

  • 23 000 planteurs qui cultivent près de 400 000 ha de betteraves sucrières : de la région Centre aux Hauts-de-France, en passant par la Normandie et le Grand Est.
  • 19 sucreries, implantées dans les zones de production de betteraves
  • 6 000 emplois directs et près de 70 000 emplois indirects ou induits
  • La France produit près de 4,5 millions de tonnes de sucre : en consomme la moitié et en exporte l’autre moitié.
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