L'alpiste, des mangeoires pour oiseaux jusqu'à nos assiettes

Assez méconnue en France, l’alpiste des Canaries est une petite céréales originaire de la région méditerranéenne. Résistante à la sécheresse, elle est valorisée en oisellerie, mais trouve aussi de nouveaux débouchés en alimentation humaine.

Graine d'alpiste des Canaries  Copyright @iStock luis Echeverri

Trouver des producteurs d’alpiste des Canaries en France n’est pas chose aisée. « Je ne connais pas de collègues sur le secteur qui en produisent ! » reconnaît Pierre-Henri Grange, céréalier installé dans la Loire à Nervieux, à la ferme La croix du coq. Sur son exploitation de 63 ha - qu’il a reprise en 2021 -, il cultive diverses graines pour l’alimentation animale, en particulier des oiseaux, avec des clients professionnels et particuliers. Blé, maïs, avoine, orge, colza, tournesol, millet, sorgho...et aussi de l’alpiste ! « Il y a quelques années, des clients éleveurs d’oiseaux d’ornement m’ont indiqué avoir du mal à trouver de l’alpiste des Canaries de qualité et à des prix raisonnables. Comme je cherchais à diversifier mon assolement, j’ai tenté ! », explique le producteur, diplômé d’un BTS grandes cultures et productions de semences.

En 2024, il sème près de 3 000 m² de cette petite graine, allongée, luisante et pointue aux deux bouts. « Trouver les semences n’était pas évident. Je suis passé par un site de vente en ligne, avec une semence produite en Espagne », indique-t-il. Content du résultat, il augmente la surface en 2025, avec 1 hectare. « Cette plante annuelle se sème au printemps et se récolte en fin d’été. Sur mes terres, qui possèdent un bon potentiel agronomique, j’ai pu obtenir un rendement de 4 t/ha cette année, ce qui est tout à fait correct ! »

Atouts multiples

Pour lui, la céréale possède plusieurs atouts : elle n’est pas très exigeante en fertilisant et en eau, et se conduit comme une céréale classique. « Sur mon exploitation, l’eau devient de plus en plus rare, et je ne peux plus compter sur mon petit système d’irrigation, en raison des volumes prélevables en baisse. D’où ma recherche de cultures plus rustiques. »

S’il reconnaît que le blé reste pour l’heure plus rentable économiquement, Pierre-Henri Grange souhaite poursuivre la production d’alpiste pour sa bonne résistance aux sécheresses, et répondre aux attentes de ses clients. « La graine est appréciée des perruches et canaris, mais aussi des oiseaux d’extérieur comme les chardonnerets ! »

Nouvelles variétés pour l’alimentation humaine

Au-delà des oiseaux d’extérieurs ou d’élevage, l’alpiste trouve aussi des débouchés en alimentation humaine. Par le passé, les variétés disposaient d’enveloppes avec des fibres de silice, provoquant des irritations et contaminant les grains lors du décorticage. Cela les rendaient impropres à la consommation humaine. Mais après plusieurs années de recherches, une nouvelle variété d’alpiste des Canaries à graines glabres (dépourvues de poils) a vu le jour. Elle a d’ailleurs été approuvée en 2016 par le Canada et les États-Unis. Cette graine glabre doit tout de même être décortiquée afin que l’enveloppe soit séparée du grain. C’est l’intérieur de cette graine qui est riche en protéines, amidon, huile, minéraux, et vitamines B.

L’alpiste peut être consommée sous forme de boisson appelée « lait d’alpiste ». Au Mexique notamment, elle sert à la préparation d’une boisson chaude sucrée nommée « atole », qui peut également être préparée à base de farine de maïs. Le lait d’alpiste se trouve aussi en brique dans certains commerce. Il peut être préparé chez soi en mélangeant de la poudre d’alpiste ou des graines que l’on mixera avec de l’eau. Cette boisson sans gluten ni lactose est appréciée comme complément protéique, grâce à sa teneur élevée en tryptophane - acide aminé essentiel -, rare dans la plupart des céréales. Parmi les vertus conférées à l’alpiste pour la santé, il est souvent indiqué l’élimination des dépôts de graisse et de cholestérol.

Pour les pains et cookies

Il est aussi possible d’utiliser la graine en boulangerie et pâtisserie, une fois réduite en farine (pains plats, cookies, gâteaux sans gluten). Attention, la farine d’alpiste n’est pas évidente à trouver dans les rayons français. Certains valorisent aussi la graine en flocons ou en gruaux (barre de céréales, garniture de graines…). Son huile est riche en antioxydants et acides gras polyinsaturés. L’alpiste trouve d’ailleurs – via son huile ou son amidon - des intérêts dans certains secteurs industriels pour la fabrication de cosmétiques ou en pharmacopée.

Enfin, l’alpiste des Canaries trouve des valorisations comme fourrage du bétail une fois coupée en vert, ou mis en mélange dans certains couverts végétaux, notamment en mélange avec de la vesce commune de printemps.

Avec un panel d’usages très large, la petite graine assez méconnue en France pourrait voir sa production s’accroître dans les années à venir, en lien avec l’évolution du climat et une réduction de l’irrigation.

 Olivier Lévêque

Si l’alpiste des Canaries est originaire de la région méditerranéenne, elle est principalement cultivée aujourd’hui au Canada, pour 65% de la production mondiale. Cette production mondiale est d’environ 230 000 tonnes selon Intercéréales, la structure interprofessionnelle de la filière céréalière française. Le Canada serait d’ailleurs responsable de 80% des exportations de cette graine. En France, les surfaces consacrées à cette céréale sont minimes (quelques dizaines d’hectares seulement) mais sont en évolution ces dernières années.

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