Le Centre régional des ressources génétiques des Hauts-de-France : bien plus qu'un musée végétal !

Dans la région des Hauts-de-France, le Centre régional des ressources génétiques (CRRG) a pour mission de sauvegarder et valoriser le patrimoine cultivé et domestique agricole. En 2025, il a fêté ses 40 ans ! Quatre décennies au service de la préservation et du partage de fruits, légumes, céréales et animaux typiques de la région, frôlant parfois la disparition.

Le chou de Saint-Saëns est accessible à tous les jardiniers depuis 2015, grâce au semencier Graines Bocquet. © Centre régional des ressources génétiques des Hauts-de-France

Le chou de Saint-Saëns, bien qu’originaire de la Normandie voisine, est sûrement un des plus beaux exemples de sauvegarde végétale menée ces dernières années avec l’appui du Centre régional des ressources génétiques des Hauts-de-France. Cette variété de chou cabus est d’ailleurs accessible à tous les jardiniers depuis 2025, grâce au semencier Graines Bocquet. Emblème de la commune du pays de Bray, ce chou a été sauvé de l’oubli par un particulier, Gérard Mallet, à qui son ancien patron horticulteur avait confié la variété. L’amateur passionné a alors fait les démarches pour identifier et enregistrer la variété au catalogue officiel, puis s’est tourné vers le CRRG des Hauts-de-France en 2022, qui s’est affairé à protéger et diffuser durablement cet héritage.
« Cette variété est désormais entrée dans les collections du Centre régional des ressources génétiques des Hauts-de-France, se félicite Richard Boucherie, en charge du patrimoine légumier depuis 2010 au CRRG. C’est un très beau chou, très photogénique, bien pommé avec des reflets violets, précoce, avec une bonne conservation. Je serais étonné qu’il n’ait pas de succès dans les jardins des amateurs ! »

Sensibiliser le grand public

Si le chou de Saint-Saëns a bénéficié de l’appui du CRRG, c’est grâce aux trois missions de la structure qui fête son 40e anniversaire cette année : conserver les ressources génétiques, évaluer tout le patrimoine de la région Hauts-de-France d’un point de vue agronomique (rendement, tolérance aux maladies, précocité, etc.) mais aussi d’un point de vue organoleptique et nutritionnel, et enfin valoriser ce travail auprès du grand public, avec la diffusion de variétés auprès des jardiniers amateurs, comme cela se fait avec le grainetier local Bocquet.

Navet de Péronne, oignon Rouge d’Abbeville, carotte de Tilques… Ces autres variétés ont pu aussi être sauvegardées par le travail du CRRG, avec l’appui de nombreux amateurs passionnés. « Chaque année, plusieurs dizaines de jardiniers nous amènent des variétés a priori anciennes que nous étudions, pour analyser leur appartenance au patrimoine picard et nordiste », explique le responsable. Mais les origines des légumes, fruits ou céréales, peuvent avoir des racines plus lointaines, grâce aux populations immigrées dans la région les décennies passées, emmenant dans leurs bagages leurs propres ressources. « Cette diversité d’origines sera notamment étudiée sous l’angle de l’adaptation au changement climatique, dans un projet appelé DivAgro lancé en 2024 pour une durée de 5 ans. L’enjeu est d’évaluer certaines variétés et d'expérimenter de nouveaux systèmes de culture, pour enfin les diffuser aux producteurs. »

Retrouver des variétés oubliées

L’enjeu pour le CRRG est aussi de devenir plus proactif, afin de prospecter certaines zones d’intérêt pour y identifier des variétés patrimoniales. C’est le cas de certains bassins maraîchers, comme les hortillonnages d’Amiens ou les abords de Laon. « Notre mission, notamment en échangeant avec le grand public, est de pouvoir ramener des variétés oubliées, comme le radis rave d’Amiens, ou le radis gris d’hiver de Laon. On trouve leurs traces dans la bibliographie, comme les anciens catalogues semenciers ou les ouvrages d’horticulture. Mais malheureusement, ils ne semblent plus cultivés réellement dans les jardins. Nous gardons tout de même espoir ! »
D’autres variétés ont eu plus de chance, comme le chou-fleur de Saint-Omer, la carotte de Saint-Valéry, ou encore la laitue Grand-Mère à feuille rouge, sans oublier plusieurs haricots secs en Hauts-de-France : Lingot du Nord, Haricot de Soissons, ou flageolet vert. Celles-ci ont pu être étudiées et évaluées par le CRRG, afin d’être inscrites au catalogue officiel des variétés. Leur production est aujourd’hui maintenue grâce à des producteurs professionnels - en plus des jardiniers amateurs -, qui ont fait le choix de défendre ces variétés locales. « Nos collections servent aussi aux semenciers qui viennent y piocher des caractères d’intérêts pour créer de nouvelles variétés. Avec le changement climatique, les caractères de rusticité souvent présents dans les variétés anciennes sont des atouts. »

Pérenniser ce travail pour l’avenir

S’il reste inquiet pour la préservation à long terme de ce patrimoine végétal et animal régional, Richard Boucherie salue le soutien de la région des Hauts-de-France qui, depuis 40 ans, assure la pérennité du CRRG. « Dans les années 1990, il était prévu d’avoir des Conservatoires de ressources génétiques dans toutes les régions de France. Mais cela n’a malheureusement pas toujours été le cas. Ici, nous avons eu la chance d’avoir une structure qui fédère l’ensemble des acteurs de la préservation du patrimoine agricole, avec le soutien des pouvoirs publics. Il faut que cela continue ! »

Olivier Lévêque

•    1700 variétés fruitières en Hauts-de-France (pommiers, poiriers, cerisiers, pruniers, pêchers et vignes)
•    350 de variétés légumières régionales
•    28 races régionales
•    17 sites de conservation répartis dans toute la région, pour une surface totale de 230 ha sur les 5 départements des Hauts-de-France

Le CRRG fait partie des Espaces naturels régionaux (ENRx), structure publique qui bénéficie d’un soutien d’un montant d’environ 2 millions d’euros par an de la part de la Région.

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