Avec Végétal local, concilier beauté et biodiversité

Quoi de mieux qu’un jardin fleuri qui favorise aussi la biodiversité ? En choisissant des espèces végétales locales adaptées à leur territoire, particuliers et professionnels peuvent contribuer à préserver la faune et la flore. Pour les aider dans leurs choix, l’Office français de la biodiversité (OFB) a créé en 2015 la marque Végétal local, devenue un label en 2025. Il répertorie aujourd’hui plus de 800 espèces de graines, plantes et arbustes d’origine locale.

Collecte de graines  OFB

Les scientifiques sont unanimes. Ces dernières décennies, la biodiversité a fortement chuté à l’échelle de la planète. La France n’est pas épargnée. On estime qu’en 10 ans, 67 % de la biomasse des insectes des prairies a disparu. Si les causes s’avèrent multiples - changement climatique, pollution, destruction de leurs habitats naturels – la prise de conscience est bien réelle et plusieurs programmes visent à restaurer cette biodiversité. « Chacun peut agir à son niveau en optant pour des espèces locales, dites indigènes, explique Sandra Malaval, Coordinatrice nationale Végétal local. Bien adaptées au sol et au climat de votre région, elles sont généralement rustiques et plus résistantes aux différents stress. Autre gros atout : elles interagissent naturellement avec les autres espèces végétales et animales locales, recréant ainsi tout un écosystème, propice à préserver, ou recréer la biodiversité locale. »

La France, découpée en 11 régions biogéographiques

Mais comment identifier ces semences ? « C’est tout l’enjeu de la marque Végétal local (1), créée en 2015 et devenue en 2025 un label, poursuit-elle. Il est là pour repérer les plantes d’intérêt, garantir leur origine et attester de leur traçabilité. »  Pour aider les professionnels et les particuliers à identifier les graines, plantes et boutures les mieux adaptées à leur territoire, la France métropolitaine a été découpée en 11 régions « biogéographiques » et l’Outre-Mer, en 12. Une répartition qui tient compte des données hydrographiques, climatiques, géologiques, d’altitude propres à chaque zone. « Un catalogue en ligne (https://catalogue.vegetal-local.fr/) permet, quant à lui, de consulter la liste des espèces locales adaptées à votre commune et identifie même les pépiniéristes proches de chez vous, habilités à les vendre. » 
Opter pour des semences labellisées Végétal local, c’est aussi l’assurance que la collecte de ces végétaux a été menée de manière durable et responsable pour ne pas épuiser la ressource. « Ainsi, il est interdit de prélever plus de 25 % des semences par individu ou par site, et pas plus de trois années consécutives dans un même lieu, complète Sandra Malaval. L’objectif est aussi d’assurer une importante diversité génétique dans le lot collecté, en optant pour des individus de taille différente par exemple. Une stratégie pour garantir une bonne adaptation de l’espèce, à court et long terme, dans un milieu donné. » 

200 collecteurs et 800 espèces labellisés

Une fois prélevées dans la nature par près de 200 collecteurs labellisés, ces semences sont multipliées dans la région d’origine : par les collecteurs eux-mêmes ou par des semenciers ou des pépiniéristes également détenteurs du label et donc régulièrement audités. Depuis 10 ans, l'interprofession Semae a en charge tous les audits, à chaque étape de contrôle. Lors de la multiplication, la diversité génétique des végétaux, y compris des arbres et des arbustes, reste également une priorité. Les végétaux sont ensuite vendus pour une utilisation locale. Ils intéressent notamment les gestionnaires d’espaces naturels, les maitres d’ouvrage ou les collectivités impliqués dans la restauration écologique de terrains. Les particuliers, les agriculteurs ou les acteurs de l’agroforesterie peuvent également être séduits par ce catalogue, riche de plus de 800 espèces – sur les 6000 espèces sauvages répertoriées en France. « Force est de constater que la préservation de la biodiversité intéresse de plus en plus de personnes, confie-t-elle. Entre 30 et 40 nouvelles structures décrochent chaque année le label. Une bonne nouvelle pour la nature ! »

Anne Gilet
(1) Si le label reste aujourd’hui la propriété de l’OFB, l’animation de la démarche est assurée collectivement par l’OFB, le réseau des Conservatoires botaniques nationaux (au nombre de 14), le réseau Haies France et l’association Plante & Cité.
 

Seuls 20 % des habitats terrestres et 6 % des milieux aquatiques d’intérêt européen sont en bon état de conservation en France. Restaurer la nature devient donc une priorité vitale pour préserver les services écologiques essentiels à la santé, l’agriculture ou le climat. C’est dans ce cadre que le 18 août 2024 est entré en vigueur le règlement européen sur la restauration de la nature. Objectif : restaurer 90 % des milieux dégradés terrestres, aquatiques et marins d’ici à 2050. Le plan national d’actions à l’échelle française est en cours de construction. 
D’autres textes s’intéressent aussi à la reconquête de la biodiversité comme la Stratégie nationale pour la biodiversité 2030 (SNB 2030) ou le Pacte en faveur de la haie, dévoilé en septembre 2023.
 

Opter pour des espèces locales, c’est aussi offrir un gite et un couvert adapté à la faune endémique. Introduire des espèces exogènes peut avoir de lourdes conséquences. Un exemple : le bleuet horticole, sélectionné pour sa couleur vive et son nombre de pétales plus important que le bleuet sauvage, possède en revanche moins de nectar. Il demande donc plus de travail aux insectes qui viennent le butiner. 
Autre exemple : l’onagre (aussi appelée belle de nuit), espèce exogène de bon nombre de régions, s’est révélé problématique pour le moro-sphinx. Attiré par le nectar de l’onagre rose, ce papillon se retrouve alors coincé dans le fond du calice de la fleur. Il n’est pas rare que la trompe du papillon se casse ou que celui-ci meure d’épuisement en essayant de sortir. Ainsi, opter, dans son jardin, pour des plantes sauvages et locales, en complément des potagères ou des horticoles, s’avère un réel atout pour la biodiversité.
 

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