Jusqu’à 200 croisements par an
En partant de variétés de blé anciennes du Centre de Ressources Biologiques (CRB) de Clermont-Ferrand (qui possède pas moins de 17 000 accessions du genre Triticum), et originaires du bassin parisien, Adrien Pelletier a commencé avec des semis de 25 variétés à la main sur une surface de 1m². Depuis, environ 200 croisements ont été réalisés chaque année par l’agriculteur. Les épis sont ensuite récoltés manuellement et notés selon leurs diverses caractéristiques agronomiques et de panification. « Le développement de l’activité de sélection est exponentiel et nécessite des moyens humains et financiers conséquents. Pour les semis de cette campagne 2025-2026, il y a deux plateformes d’environ 500 micro-parcelles et 14 500 épis lignes, représentant toutes les générations de la F1 à la F10 », chiffre le paysan-généticien.
Après une 10e d’années de sélection, le premier résultat est enfin concrétisé : l’inscription en 2024 du MHB POP-Orvilliers, (MHB : Matériel hétérogène biologique), adapté à son terroir et à la panification du pain au levain.
Une nouvelle variété et d’autres à venir
Le système de variété MHB a été validé par le parlement européen en 2018 et autorisé au 1er janvier 2022. Il offre la possibilité d'inscrire au catalogue officiel un type de semence dit « matériel hétérogène biologique » possédant une grande diversité génétique et phénotypique et de le commercialiser. « Ce système est une avancée pour promouvoir et reconnaître les variétés dites populations - ensemble d'individus apparentés au sein d'une même espèce avec un ensemble de caractères communs. La notification est gratuite et très accessible. Tout le monde peut le faire, même un jardinier amateur dans son jardin. Cela permet de protéger ce type de matériel végétal, mais pas de financer la recherche car il n’y a pas de royalties pour l’obtenteur. »
S’il reconnaît se sentir un peu isolé dans ce combat sur un secteur largement occupé par de grandes entreprises, Adrien Pelletier dit disposer d’une vraie liberté d’action et de parole, et souhaite ainsi faire avancer son objectif. « Certains acteurs de l’agriculture biologique prennent conscience de l’existence du système MHB. Quelques dossiers ont été déposés. Mais il faudrait une vraie communication, accompagnée d’un soutien financier et administratif, pour faire émerger une diversité de nouveaux acteurs de la création variétale. »
Des premiers résultats prometteurs
La commercialisation a commencé en 2025 pour le blé POP-Orvilliers d’Adrien Pelletier, avec 6 tonnes écoulées. « C’est déjà bien, avec des frais de communication proches de zéro ! », plaisante l’agriculteur. Principaux débouchés : en direct auprès de paysans boulangers ou de céréaliers voulant proposer du blé pour la panification. « Nous pourrions imaginer écouler jusqu’à 10 000 t dans l’idéal, en s’adossant à des acteurs semenciers spécialisés ! ». Une filière a été développée avec la meunerie de la Ferme d’Orvilliers pour leurs clients boulangers et les deux frères démarrent des actions de filières avec les acteurs de la coopération agricole.
Au-delà du MHB, Adrien Pelletier imagine également inscrire des variétés lignées (ensemble d’individus apparentés, avec une faible diversité génétique) au sein du nouveau dispositif appelé VBAPB (Variété biologique adaptée à la production biologique). Objectif : toucher plus facilement la filière longue, et à la clé les meuniers. « J’aimerais pouvoir inscrire cette variété de blé lignée en 2027 ou 2028 », vise-t-il, plein de projet pour l’avenir. En effet, seules les lignées permettent de financer la recherche grâce à la perception de royalties, rappelle Adrien Pelletier, conscient des enjeux de la filière, dans un contexte financièrement compliqué et incertain sur les choix politiques de sélection.
Olivier Lévêque