Les semences de ferme, adeptes du sur-mesure

Sylvain Ducroquet

Les semences de ferme représentent aujourd’hui une part importante des semences utilisées par les agriculteurs. Mais comment sont-elles préparées avant d’être ressemées ? Quel est le rôle du trieur à façon ? Et comment ce métier a-t-il évolué ? Sylvain Ducroquet, trieur à façon dans le Pas-de-Calais et président de la section « Diversité des semences » de Semae, explique les différentes étapes de préparation des semences de ferme.

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Qu’appelle-t-on « semence de ferme » ?

Une semence de ferme, aussi appelée semence fermière, est une graine qu’un agriculteur prélève de sa propre récolte pour la ressemer l’année suivante. Il peut soit la produire et la nettoyer par ses propres moyens ou s’adresser à un prestataire, appelé trieur à façon, équipé de tout le matériel adéquat. Cela concerne notamment les céréales (blé, orge, escourgeon, seigle et triticale) et certains oléoprotéagineux (pois, féverole). Par opposition aux semences de ferme, on parle de semences certifiées qui, elles, sont produites par des semenciers selon un cahier des charges précis et contrôlées par un organisme officiel. Ces dernières années, la part des semences de ferme a augmenté. Alors que dans les années 2000, elles représentaient 40 % des volumes utilisés par les agriculteurs, en 2026, ce chiffre avoisine les 60 %, pour 40 % de semences certifiées.

Comment expliquer le développement des semences de ferme ces dernières années ?

Le principal atout mis en avant par les utilisateurs de semences de ferme reste leur prix. En moyenne, une semence de ferme traitée revient à 50 € du quintal, contre 70 à 80 € pour une semence certifiée. Mais l’aspect économique n’est pas leur seul attrait. Un agriculteur qui ressème sa propre semence apprécie l’autonomie, le sur-mesure de cette pratique, en choisissant sa variété - parfois moins récente et non disponible en semence certifiée - et son mélange de variétés. En semences de ferme, tous les couples variété-traitement sont possibles, ce qui offre une palette de choix beaucoup très large.

Semences de ferme et semences certifiées sont-elles pour autant concurrentes ?

Je dirais plutôt que ces deux types de semences sont complémentaires : plus question de les opposer comme ce pouvait être le cas dans les années 2000. Elles permettent ainsi de répondre à des profils différents d’agriculteurs : ceux qui veulent chaque année de nouvelles génétiques, via les semences certifiées, et ceux qui préfèrent se tourner vers des variétés qu’ils connaissent bien. Le développement des mélanges variétaux, largement utilisés en agriculture de conservation, en agroforesterie ou en bio, a également participé à l’essor des semences de ferme. En 2010, à peine 1 % des surfaces de céréales étaient constitués de mélanges. Aujourd’hui, ils représentent près de 20 % de la sole française et, entre 30 et 40 % des volumes travaillés chez les trieurs à façon.

Concrètement, quel est le rôle du trieur à façon ?

L’objectif est de trier et de préparer une partie de la récolte de l’agriculteur pour qu’il puisse ressemer, l’année suivante, ses propres semences. Mais en amont, l’agriculteur devra avoir apporté une attention toute particulière au carré de la parcelle récoltée pour limiter la présence de maladies et d’adventices dans le lot sélectionné. Le travail de trieur à façon s’articule autour de deux grandes étapes : le tri et le traitement. Tout commence donc par un tri soigné des lots. Les graines passent tout d’abord dans un « ébarbeur », un gros rotor qui permet d’enlever toutes les barbes et de séparer le grain, des glumes. Les semences passent ensuite sur un nettoyeur-séparateur pour éliminer toute poussière et être triées par taille, via des calibreurs. À ce stade, l’objectif est aussi d’écarter les impuretés, les brisures, les graines d'adventices et les grains trop petits ou cassés pour ne garder que les plus beaux et les plus gros. Place ensuite aux traitements de semences, insecticides ou fongicides, à positionner autour de la graine. Nous répondons aussi aux demandes des agriculteurs bio pour trier et traiter leurs semences avec des produits dédiés (vinaigre, cuivre...). Une fois traitées, les semences sont stockées dans des grands sacs, des big-bags, en attendant d’être ressemées l’année suivante.

Le métier de trieur à façon a-t-il lui aussi évolué ces dernières années ?

Oui, considérablement. Au fil des années, notre métier s’est professionnalisé et nos stations de tri, mobiles, se sont perfectionnées. Elles sont désormais équipées d’outils de pointe, comme des colonnes densimétriques et pour certaines des trieurs alvéolaires ou même trieurs optiques, pour une montée en gamme des prestations proposées : c’est comme si une mini usine se déplaçait dans la cour de la ferme. Nos outils, légers, sont installés sur une semi-remorque ou tractés, pour faciliter les déplacements. La loi sur l’obtention végétale, actée en 2011, a également donné un cadre juridique aux semences de ferme et à notre métier : une réglementation qui a soutenu le déploiement de notre activité.

Propos receuillis par Anne Gilet

  • En 2026, la France comptait 150 trieurs à façon, équipés de 350 stations mobiles, de toutes tailles. 70 à 80 trieurs, dont c’est la principale activité, s’occupent de près de 2/3 des volumes de semences de ferme.
  • Une station de semences mobile est capable, en moyenne, de trier près de 10 tonnes par heure, soit une centaine de tonnes par jour, contre à peine 20 t il y a une vingtaine d’années.
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